Le 5 mai dernier j’ai franchi une étape importante dans mon projet. J’ai accompagné Suzanne au Centre de détention de Sherbrooke pour rencontrer son fils qui y purge une énième peine de détention.

Suzanne m’explique que depuis qu’il est tout petit, son fils aujourd’hui âgé de 41 ans, présente des comportements compatibles avec des troubles de santé mentale. Personne dans le système ne l’a prise au sérieux. Lorsqu’il a atteint ses dix ans, il a été pris en charge par La Direction de la protection de la jeunesse. Plusieurs diagnostics ont été posés au fil des années: comportement asocial, immaturité neurologique, bipolarité, vol compulsif, etc. Aujourd’hui encore sa condition n’est toujours pas clair. D’autant plus qu’a cela s’ajoute un diabète grave et mal contrôlé et une addiction aux drogues (en particulier le crack).
Depuis plus de 20 ans, la vie de cet homme se partage entre la rue et la détention, dans un cycle assez rapide. À ce jour j’ai retracé plus de 200 dossiers criminels à son égard: vol, recel, introduction par effraction et, évidemment, une panoplie de bris de probation et de bris d’engagement (non-respect de conditions imposées par la Cour). Il y en aurait d’autres…
Il sort de prison le 16 mai prochain et je serai là avec ma caméra pour documenter ses trois premiers jours de liberté. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Pour l’instant il n’a pas réellement de plan de sortie: pas de logement, pas de revenus, pas de médicaments… Les autorités vont simplement le reconduire à l’abri pour itinérants le plus proche. Une tape dans le dos: « Bonne chance mon gars! ».
L’absence de plan de sortie est, à mon avis, le facteur déterminant en ce qui concerne la possibilité de sortir de ce cercle vicieux. Pourtant, pour une foule de raisons bonnes et moins bonnes, ni les autorités carcérales, ni le système de justice, ni les spécialistes des soins de santé ne sont en mesure de construire avec lui un plan solide. Je vous reviendrai sur ce sujet.
Mon plan pour le 16 mais est de le mettre au défi de rester en liberté le plus longtemps possible pour voir ses défis, les obstacles et ses capacités. Combien de temps va se passer avant qu’il ne commette une nouvelle infraction? Où va-t-il dormir? Manger? Va-t-il sombrer dans le crack et le vol? Va-t-il enfin sortir des Portes tournantes après plus de vingt ans de ce régime?